La leçon de leadership de Joseph Ratzinger

En annonçanPotentielt ce lundi 11 février 2013, sa décision de se retirer de son ministère pontifical, le pape Benoît XVI donne un exemple éminent de leadership au monde entier, à la suite de Nelson Mandela qui lui, non pour des raisons de santé physique, a renoncé au pouvoir d’Etat après seulement un mandat en tant que Président élu de la nation d’Afrique du Sud. Je vous propose sept (7) leçons que m’inspire cette décision en matière de leadership.

 1.      Être leader, c’est savoir partir 

L’une des 15 leçons du parcours de Mandela déclinées dans le livre Mandela’s Way de Richard Stengel et rapportées par Richard Branson, Président de Virgin Group, postule que partir est aussi un acte de leadership.

Aussi, en soulignant que le test final d’un leader est de laisser aux successeurs la conviction et la volonté de poursuivre le chemin, Walter Lippman-« The final test of a leader is that he leaves behind in others the conviction and will to carry on »–  reconnait-il qu’à un moment donné, le leader est appelé à passer le témoin.

Nelson Madiba Mandela a été porté au pouvoir en avril 1994 à l’issue des premières élections multiraciales. A la fin de son mandat en 1999, Nelson Mandela ne brigue pas un second mandat alors que la loi suprême de son pays l’y autorise. Un cas rarissime en Afrique où la plupart des présidents en fonction s’emploient à modifier la constitution pour s’éterniser au pouvoir.

Lorsque le leader est conscient de son incapacité situationnelle à conduire les troupes vers la terre promise, ou lorsqu’il discerne qu’il n’est pas l’homme de la situation pour gagner la cause de la vision, se retirer constitue pour lui, indéniablement, un acte courageux de leadership.

Benoît XVI n’est pas passé à côté de la plaque ! Il a l’étoffe d’un authentique leader.

2.      Être leader, c’est être à l’écoute de soi-même et de son environnement

Parlant de cette décision de Benoît XVI, Michel Cool, rédacteur en chef de l’hebdomadaire La Vie, a jugé que « c’était sans doute le bon moment pour lui. (…) c’est une décision mûrement réfléchie, qu’il a pris tout seul, avec son frère et quelques intimes ».

Benoît XVI, lui-même, dans son annonce, disait avoir fait un examen de conscience : « Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien ».

Il avait une idée juste de sa charge et des compétences tant bien spirituelles, physiques, techniques que relationnelles qu’elle nécessite en ce siècle où les controverses sont légion. Et c’est en toute lucidité qu’il a tranché ! Or il y a deux ans, il reconnaissait que : « Le moment n’est pas venu de se retirer ».

Le leader n’opère pas en dehors de son contexte. Il est un homme en situation. Toute décision doit être prise en croisant ses capacités propres avec les contraintes et opportunités de l’environnement afin de déterminer en toute lucidité les meilleures options pour la réussite de la mission. Pas question d’être Chef à vie. Le leader authentique est prêt à tout sacrifice personnel pour que la mission soit accomplie, ce choix étant pensé et nourri de l’intérieur. Il y est d’ailleurs préparé, avant même de se mettre en marche pour sa vision.

3.      Être leader, c’est faire preuve de courage dans les moments difficiles  

« C’est une décision très digne et très courageuse », a jugé le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim. Le cardinal André Vingt-Trois, pour sa part, a salué : « un acte de courage ».

François Bayrou, homme politique français et président du Modem, n’a pas manqué de saluer lui aussi, un « geste très courageux », rapporte rfi.

Tous les leaders qui inspirent et impactent dans les domaines des affaires et de la politique s’accordent à dire que des choix difficiles jalonnent le parcours des leaders. Ces choix peuvent impliquer tant la vie personnelle du leader que l’aboutissement de sa vision. Il peut s’agir de choisir la satisfaction du peuple au détriment des pots-de-vins des multinationales. Ou encore de refuser la nomination des compagnons de lutte sur la seule base de leur militantisme. Ou encore décider de virer son vice-Président pour fraudes avérées. Ces choix nécessitent un courage et un dépassement de soi que traduit une certaine élévation dans « la région haute ».

4.      Être leader, c’est avoir l’audace d’agir, rien que pour la cause de la vision

Selon La Croix, «la décision de Benoît XVI de renoncer à sa charge traduit une vision humble de sa mission et une grande audace politique.»

Décider de s’engager et d’œuvrer pour un changement –ce que traduit la vision du leader- nécessite de l’audace. Et chaque décision que doit prendre le leader, conscient de ses limites, des contraintes de son environnement ainsi que son incapacité à « deviner » le futur nécessite de l’audace. Tout comme décider de confier le flambeau à un successeur plus apte, plus clairvoyant, plus habilité à poursuivre la mission pour l’atteinte de la vision. C’est ce que le Chef de l’église catholique romaine vient à nouveau de nous enseigner.

Prendre des décisions impopulaires requiert de l’audace, surtout dans un monde où le conformisme est ambiant. Mais le leader sait les prendre pour ne pas saper la cause de sa lutte.

 5.      Être leader, c’est s’appuyer sur des personnes crédibles

Je suis toujours fasciné quand je lis l’histoire des vaillants de David, lorsque je médite sur ce qu’ils sont capables de faire pour leur Chef.

Chaque chef de guerre a ses généraux. Et parmi eux, des plus fidèles. Chaque leader s’entoure de personnes fidèles. Ce qui est primordial, ce n’est pas tant leur fidélité au leader, ni leurs compétences techniques, mais leur honnêteté, leur fiabilité, leur capacité à être transparent et à dire la vérité par amour pour le leader, même si cette vérité pourrait fâcher. Cela n’est pas sans me rappeler la lettre encyclique –Caritas in veritate (l’amour dans la vérité)- qu’a publiée Benoît XVI en juillet 2009 et qui nous rappelle entre autres, la nécessité de défendre la vérité.

Selon l’une des réactions publiées sur rfi, certains intimes étaient dans le secret de cette décision de Benoît XVI. Il va sans dire que ces personnes ont accepté de lui dire la vérité et ne se sont pas opposées à sa décision, en lui faisant croire que la communauté catholique planétaire ne s’en remettrait jamais. Cette qualité manque cruellement aux troubadours qui écument les palais présidentiels africains.

6.      Être leader, c’est avoir des suiveurs

C’est trivial ! La définition la plus évidente d’un leader est quelqu’un qui a des suiveurs. Ce que rappelle celui qu’on appelle le « pape du management », Peter Drucker : « La seule définition du leader est quelqu’un qui a des suiveurs ».

Il n’est point de doute que Benoît XVI a des suiveurs. Si cela n’était pas évident jusqu’à ce jour, le foisonnement de réactions suscité par l’annonce de son retrait vient donner la preuve palpable. Albert Tévoédjéré, Médiateur de la République du Bénin a réclamé sur rfi : « Il m’a beaucoup inspiré ».

Les suiveurs du leader ne constituent pas un groupe homogène. Loin s’en faut ! Parmi eux, se trouvent ceux qui sont prêts à se tuer à la tâche pour obtenir des résultats, mais aussi ceux qui, de loin ou virtuellement se nourrissent et s’inspirent de ses idéaux, pensées et choix. Selon John C Maxwell : « Le leadership, c’est l’influence- rien de plus, rien de moins ».

Aussi, faut-il souligner que l’une des responsabilités principales du leader consiste en l’empowerment des suiveurs pour qu’ils deviennent des leaders. Comme quoi, « The function of leadership is to produce more leaders, not more followers », Ralph Nader.

 7.      Être leader, c’est respecter des valeurs 

Trois éléments principaux caractérisent les leaders : la vision, les compétences et les valeurs. Parler de valeurs à propos du choix de Benoît XVI semble évident, d’autant qu’il s’agit d’un leader religieux, et non des moindres sur la planète.

Mais, force est de reconnaître que les valeurs sont déterminantes dans le cheminement de tout leader. Les valeurs sont nécessaires pour protéger le leadership. Lorsque l’on devient populaire ou investi de pouvoirs, il faut savoir que l’orgueil précède la chute et songer à se parer contre tout excès.

Lorsque le leader se croit au-dessus des valeurs morales, il signe la fin de sa performance et de son influence. C’est ce qui est arrivé à Tiger Woods, célèbre golfeur. Après ses déboires, Tiger Woods disait dans une conférence de presse: «J’ai cessé de vivre selon les valeurs dans lesquelles j’avais été élevé. Je savais que mes comportements étaient mauvais, mais je m’étais convaincu moi-même que les règles normales pour tous, ne s’appliquaient plus pour moi. Je pensais que je pouvais faire tout ce que je voulais et m’en sortir malgré tout. J’avais estimé qu’après avoir travaillé dur toute ma vie, j’avais gagné le droit de me réjouir de toutes les tentations autour de moi. J’ai cru que j’y avais droit.(…) J’étais insensé. Il est de ma responsabilité maintenant de démarrer une vie d’intégrité (…).»

Bien des leaders, tant dans les domaines politiques que des affaires, n’ignorent pas l’importance des valeurs. L’absence de principes a détruit le leadership et entravé le changement rêvé et enclenché par plusieurs leaders à bien des endroits.

La décision de Benoît XVI est un acte d’humilité qui traduit une force de caractère. C’est dire que le leader doit démontrer une force de caractère que traduisent l’intégrité, mais aussi la capacité à rester stable malgré les difficultés et les périls. Le monde a besoin de leaders honnêtes !

C’est d’ailleurs ce que relèvent Kouzes et Posner dans le Journal of Management Inquiry de décembre 2005 où ils estiment qu’en raison du niveau actuellement élevé de cynisme en société et dans le monde des entreprises, en plus d’être compétent, charismatique, et visionnaire, le leader doit être digne de confiance. Ils pointent alors une caractéristique déterminante, notamment l’honnêteté qui selon eux, est absolument essentielle au leader en ces temps de cynisme généralisé.

La décision du pape s’appuie sur des valeurs. « En effet, avec lucidité et sincérité, il a eu le temps d’évaluer l’impact de son âge avancé sur les fonctions qui sont les siennes. Avec vérité et courage, il a également su mettre en avant la vie de l’Eglise au détriment des honneurs qui sont dus au Pape qu’il est », écrit Guinée Conakry Infos à propos de la décision de Benoît XVI. Avant d’ajouter que c’est là une leçon indirectement adressée à tous les leaders du monde.

Les peuples africains apprécieraient grandement que leurs leaders politiques et Chefs d’Etats se laissent inspirer par cet acte courageux de Benoît XVI. Ce n’est pas Albert Tévoédjéré, qui me démentirait !

Séna Baba

Etudiant-Chercheur en Management


Publicités

Une réflexion sur “La leçon de leadership de Joseph Ratzinger

  1. Si seulement ils n’avaient pas le coeur endurci …… Prions pour que Dieu nous prépare un nouveau Leader  » Peut être que notre Dieu n’a pas encore trouver parmi mon peuple quelqu’un à qui passer le Témoin »

    Père, Écoute nous ……. Père Exaucez-nous.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s