Jeunes Togolais, et si vous étiez la solution à …l’insalubrité dans votre quartier ?

Les défis environnementaux ont pris une ampleur considérable ces dernières années. Les effets du réchauffement climatique se font sentir avec persistance dans différentes parties de la planète. Outre ces questions d’envergure planétaires, les populations de nos Etats sous-développés doivent faire face aux problèmes maîtrisés ailleurs et qui peinent à trouver des solutions chez nous. A leur nombre, l’insalubrité publique.

Le défi de l’insalubrité …

C’est un secret de polichinelle, les quartiers de Lomé (capitale du Togo, Afrique de l’Ouest) sont insalubres : amoncellement des déchets domestiques ici et là, égouts à ciel ouvert, eaux usées déversées dans la nature ou sur les voies publiques, sachets plastiques recouvrant le sol ou bouchant les canalisations existantes, … En cause, entre autres, la longue crise qu’a traversée le pays qui s’est soldée par l’affaiblissement des capacités de l’Etat, mais aussi l’incivisme des populations.

En effet, le manque d’infrastructures d’assainissement a entraîné une mauvaise gestion des excrétas et eaux usées domestiques. La municipalité et les autres acteurs de l’assainissement manquent  de moyens matériels, humains et financiers. Les services d’hygiène/assainissement (pour ce qu’il en reste) n’ont nullement les moyens pour apporter des conseils aux populations et procéder aux inspections et contrôles.

Pourtant, un cadre légal existe pour une meilleure gestion des problèmes d’hygiène et d’assainissement au Togo. Le Togo a adopté en 2010 une « Politique Nationale d’Hygiène et d’Assainissement au Togo (PNHAT) ». Ce document souligne d’ailleurs qu’en matière d’accès aux infrastructures d’assainissement, les réalisations sont très faibles voire inexistantes au cours des dix dernières années. Ce qui explique, poursuit-il, la permanence depuis 1996, de certaines maladies liées à l’insalubrité et au manque d’hygiène.

S’inscrivant dans une logique de développement durable, cette politique est soutenue par un triple pilier de santé publique (pilier social), de qualité environnementale (pilier écologique) et d’efficacité économique (pilier économique). Elle classe le secteur de l’hygiène et de l’assainissement en six sous-secteurs à savoir :

  •  L’assainissement autonome des eaux usées et des excrétas en milieu rural et en milieu urbain (AEUE) ;
  • L’assainissement collectif des excrétas et des eaux usées en milieu urbain (ACEU) ;
  • L’assainissement pluvial (AP) ;
  • La gestion des déchets solides urbains (GDSU) ;
  • L’assainissement dans les établissements classés autres que les établissements de santé (AEC) ;
  • L’hygiène dans les établissements humains et les milieux connexes ainsi que ainsi que dans les établissements santé (H).

Dans ce cadre, des actions opérationnelles sont entreprises. Reste à résoudre, dit-on, la lancinante question des moyens, notamment financiers et de la coordination des actions des acteurs opérant dans le secteur. Des contraintes qui poussent à orienter les réflexions vers des pistes de solutions innovantes et par ailleurs, plus efficaces.

…une opportunité d’entreprenariat social

Face aux insuffisances des mesures gouvernementales, la communauté toute entière et particulièrement les jeunes sont interpellés. Sans oublier que les autorités publiques ont un rôle prépondérant à jouer dans la résolution du problème, il n’y a pas de doute que les jeunes, par leur dynamisme, leur esprit d’initiative, leur capacité à initier des innovations peuvent constituer de puissants leviers d’action salvatrice pour garantir un environnement sain dans la ville et par ailleurs, dans le pays.

C’est dire que l’insatisfaction générale face aux problèmes d’insalubrité constitue une opportunité pour les jeunes qui cherchent à gagner le jackpot, parfois loin des choses qu’ils peuvent entreprendre pour créer de la valeur et changer le quotidien des populations.

Y-a-t-il des gens qui recherchent un environnement sain ? Oui ! En existent-ils qui sont prêt à payer pour ce « bien » ? Oui, même s’ils ne sont pas nombreux ou ne sont pas disposés à payer cher. Peut-on trouver une meilleure façon d’organiser la salubrité des quartiers ? Oui ! Il suffit de creuser dans ses méninges et de regarder peut être un peu ce qui se fait ailleurs. Peut être qu’il faut commencer par une brouette et deux personnes qui vont jeter les ordures collectées à une décharge publique. Si le cliché de démarrage semble inintéressant, il n’est point de doute que dans 2, 3 ou 6 mois, une brouette ne suffira plus, …, c’est ainsi qu’une entreprise nait!

C’est vrai qu’on peut pointer la réglementation qui n’est pas si encourageante que ça à l’entrepreneuriat. Mais l’échec, bien géré face à une réglementation inadéquate pourrait aboutir à des changements. Imaginez cent jeunes qui ont essayé et qui, déçus par les contraintes de la réglementation, se constituent en associations ou groupes de pressions pour impulser les changements nécessaires. Pourront-ils faire avancer les choses ? Nul doute qu’ils feront bouger les lignes !

Ainsi, formation, sensibilisation, conception et fabrication de matériel de collectes, aménagement des emplacements de décharges, emballages de produits, recyclage de déchets, invention ou identification des technologies en matière de construction, surveillance et contrôle du transfert des déchets solides, maintenance des ouvrages d’assainissement collectifs … sont autant de champs d’action entrepreneuriale qui peuvent être explorées dans la résolution de ce problème !

Mais qui pour démarrer : appel au leadership des jeunes

A chaque fois que nous expérimentons une frustration par rapport à une situation, nous pouvons trouver en nous les ressources pour y apporter des approches de solution. La première solution peut ne pas être la meilleure, mais en poursuivant dans le sens de l’amélioration, des solutions plus efficaces ne tardent pas à émerger.

Les contextes génèrent des leaders ! Martin Luther King et son célèbre « Dream » n’auraient pas existé s’il n’y avait pas eu la ségrégation raciale aux Etats-Unis d’Amérique. Le célèbre slogan  « Yes we can » qui « propulsa » Obama à la présidence des Etats-Unis était une réponse visionnaire à une situation qu’il trouvait inacceptable ! « Le changement, c’est maintenant » qui fait entrer monsieur Hollande à la présidence de la République française résumait une politique nouvelle face à un contexte décrié par la plupart de ses compatriotes.

Nos frustrations et insatisfactions révèlent pour la plupart le sentier de notre vocation, de notre mission et de notre mandat sur terre. Oui, en effet, la vie ne se limite pas à une carrière, à une occupation quelconque, c’est une mission !

Le plus souvent malheureusement, nous canalisons mal nos frustrations et la force qu’elles génèrent vers des actions parfois plus destructrices qui dégradent la situation qui est l’objet de ces frustrations. Parfois, nous nous réfugions inconfortablement dans le déni du problème. C’est insensé ! Parce que nous annihilons notre capacité et notre énergie à apporter un changement, à faire évoluer les situations désespérées.

Lorsque par contre, une situation inacceptable nous pousse à imaginer, à créer dans notre esprit une meilleure situation qui nous motive à l’action, nous amorçons le voyage de notre leadership. Mais encore faut-il que nous posions le pas déterminant qui nous fait passer de la posture du « rêveur » à la stature du « leader ». Car la différence entre le leader et le rêveur, c’est l’audace de démarrer et la persévérance pour évoluer vers l’accomplissement de la mission et de la vision.

Qui n’est pas choqué par l’insalubrité par ici ? Combien s’engagent à l’éradiquer ? Le jeune qui décidera de faire la différence, en engageant une action entrepreneuriale :

  • contribuera à un environnement sain et à une qualité de vie des populations ;
  • créera des emplois à des jeunes, des adultes et des femmes ;
  • contribuera à la réduction de la pauvreté des familles ;
  • aidera à la scolarisation des enfants dont les parents accèdent à un revenu par l’intermédiaire des emplois créés ;
  • révélera au monde son talent de leader et d’entrepreneur;
  • inspirera et drainera des suiveurs, des jeunes qui chercheront à l’imiter ;
  • servira de modèle à sa communauté et au monde entier ;

La problématique des moyens

« Au moment où l’on s’engage totalement, la providence éclaire notre chemin. Une quantité d’éléments sur lesquels l’on ne pourrait jamais compter par ailleurs contribue à aider l’individu.  La décision engendre un torrent d’événements et l’individu peut alors bénéficier d’un nombre de faits imprévisibles, de rencontres et du soutien matériel que nul n’oserait jamais espérer. Quelle que soit la chose que vous pouvez faire ou que vous rêvez de faire, faites-la. L’audace a du génie, de la puissance et de la magie », écrivait Goethe.

Si vous êtes frustrés, n’insultez pas les autres ! Démarrez quelque chose, avec les moyens de bord. Trouvez des jeunes qui partagent la même vision que vous, savoir « un environnement sain » et sacrifiez-vous pour la bonne cause. Puis, aller chercher des soutiens ! Ils ne manqueront pas. Il y a des parents qui attendent de vous donner un coup de pouce ; des femmes du marché du quartier qui ne retiendront pas leur petit sous pour vous encourager. Et si vous persévérez, vous avez votre entreprise. Bientôt les autorités municipales, des ONG et des agences de financement du développement vous apporteront de l’aide et vous inviteront à partager votre expérience avec des jeunes d’autres quartiers, parce qu’ils seront inspirés par votre action.

Que de talents gaspillés !

Insalubrité, nuisances sonores, … autant de problèmes qui attendent que des jeunes mettent en œuvre leur génie, le potentiel qui sommeille en eux pour apporter les changements auxquels aspirent les populations.

Nous avons travaillé récemment dans le cadre d’une association avec des jeunes d’un quartier. A la fin d’un projet financé par des partenaires que nous avions mené ensemble, nous leur avions demandé de nous proposer de nouvelles pistes d’actions qui pourront s’intégrer dans un nouveau projet pour lequel nous rechercherons des financements. La stratégie était que le projet vienne d’eux-mêmes. Nous avons été interloqués quand ils nous ont demandé de leur annoncer d’abord le montant dont nous disposons.

Comment remettre de l’argent dans les mains de quelqu’un qui ignore quoi en faire ? Ainsi, pour développer leur quartier, ces jeunes cherchent à savoir d’abord combien on leur remettra, et peut être aussi combien ils gagneront.

Et pourtant, ils côtoient des jeunes expatriés qui paient leur billet d’avion et leur séjour eux-mêmes pour venir aider chez nous à réaliser des actions de développement communautaire ! A propos, quelqu’un racontait sur un média, le cas d’une une jeune allemande venue travailler comme infirmière volontaire dans un hôpital d’un pays voisin. Pour pouvoir se payer le voyage, elle aurait vendu un piano et une flûte traversière. Pour son travail dans cet hôpital, elle gagnait tout juste de quoi se loger et se nourrir.

C’est ainsi que le « grain de blé » qui tombe dans la terre veut porter du fruit sans « mourir ». Or l’on n’a plus besoin de le démontrer : quelque soit la qualité de la graine, quelque soit son pouvoir germinatif, elle reste seule dans la terre si elle ne meurt pas ! C’est peut être aussi ce qui se passe avec les jeunes remplis de talents dont regorge nos pays.

Des initiatives à promouvoir au Togo !

Parlons pour terminer de cette innovation qui mérite d’être soutenue : le projet ZAM-Ké initié par l’ONG Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (STEJ) face aux problèmes d’assainissement de la ville de Lomé et particulièrement aux conséquences néfastes pour l’environnement et la santé publique qu’entraine l’accumulation dessachets plastiques d’eau minérale de type Pure water, massivement utilisés par la population.

Le projet Zam-Ké qui veut dire en Mina « utilise moi encore » consiste à collecter dans les rues, ces sachets pour fabriquer et commercialiser des sacs et accessoires 100% recyclés. Les produits fabriqués sont des sacs à main, des porte monnaie, des sacs de course et des sacs à dos. Ainsi, tout en sensibilisant la population aux  problématiques des sachets plastiques, à  l’assainissement des rues de Lomé et de ses environs, le projet offre des emplois aux femmes et jeunes et finance les frais de fonctionnement de l’ONG STEJ. Un bel exemple d’entreprenariat social qui attend de faire des émules au Togo !

Séna Baba

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